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Pourquoi les plages de Nice sont en galets, et d'où viennent ceux qu'on remet chaque printemps

Le Var et le Paillon apportent des cailloux, pas du sable, et le fond tombe à pic à deux kilomètres du bord. Depuis 1960, la ville en redépose 6 000 tonnes chaque mars, et emporter un galet coûte 38 €.

6 min de lecture Nice Le Var côtier, de Fréjus à Saint-Tropez

Galets gris et blancs de la plage de Nice, mouillés par une vague qui se retire

Une lectrice installée à Riquier depuis l’automne nous a écrit en février : « La plage est devenue du sable en une nuit, est-ce que la mer a emporté les galets ? » Non. Les galets de Nice sont là parce que deux fleuves de montagne, le Var et le Paillon, déversent des cailloux et non du sable dans une baie dont le fond plonge à pic ; le sable de février n’était qu’une pellicule d’hiver posée dessus. Et si la plage tient encore, c’est que la Métropole y redépose des milliers de tonnes de galets chaque mois de mars depuis 1960.

Deux fleuves de montagne et un fond qui tombe à pic

Le Var draine près de 2 800 km² d’Alpes du Sud et garde une pente de torrent jusqu’à Saint-Laurent. Un fleuve aussi raide ne trie pas finement : en crue, il roule des blocs arrachés aux calcaires des Préalpes, aux grès, aux gneiss et aux granites du Mercantour, les casse et les polit sur le trajet, et les lâche à son embouchure sous forme de galets aplatis. Le Paillon fait pareil à l’autre bout de la baie, à plus petite échelle. Les carottages d’Edward Anthony et Michel Dubar dans les cordons de la Baie des Anges datent le basculement : jusqu’à environ 4 000 ans avant nos jours, le rivage était sablonneux ; puis les galets sont arrivés en masse et n’ont plus cessé.

Le sable, lui, existe. Simplement il ne reste pas. Devant Nice, le plateau continental fait moins de deux kilomètres de large, puis le fond bascule en un talus raide, entaillé par le canyon du Var. Chaque coup de mer entraîne les grains fins vers ce talus, d’où rien ne remonte. En octobre 1979, ce même talus a cédé sous une digue de 300 mètres en construction le long de l’aéroport, qui a disparu en mer. Les galets, trop lourds pour suivre, se réorganisent sur place : la houle dominante, qui vient d’est, les pousse en cordon contre le mur de la Promenade, sans les emporter.

C’est la raison pour laquelle ces cailloux protègent le front de mer mieux que ne le ferait du sable. Un cordon de galets absorbe la vague dans ses interstices et ne bouge que sous les grosses tempêtes ; un talus de sable se dérobe à chaque coup de vent d’est.

Pourquoi Cannes et Antibes ont du sable

La frontière passe au cap d’Antibes. À l’est du cap, de la Brague au Fort Carré, les plages sont encore en galets : elles reçoivent la même charge, poussée par la dérive littorale qui longe la baie. À l’ouest, Juan-les-Pins, Golfe-Juan et Cannes sont abritées de ce flux, et leurs petits fleuves, la Brague, le Loup, la Siagne, descendent d’un pays moins raide qui produit du sable et des graviers plutôt que des blocs. Le golfe de la Napoule, moins profond, garde ce sable au lieu de le perdre.

Pas entièrement. Entre 2017 et 2019, Cannes a fait venir 180 000 tonnes de sable, en partie par bateau depuis Toulon, pour porter la Croisette à 40 mètres de large. Chaque printemps, la ville en rapporte encore environ 11 700 m³, entre Gazagnaire et La Bocca, pour un budget de 1,5 à 2 millions d’euros. Le sable cannois est aussi entretenu au camion que les galets niçois.

Ce que la ville remet chaque printemps, et d’où

Depuis 1960, les services de la Métropole « engraissent » les 4,5 km de plages entre le port et l’aéroport. L’opération se fait en mars, dure une quinzaine de jours et doit être finie avant que les plagistes remontent leurs lots. Elle coûte autour de 300 000 € par an.

La baie est découpée en 80 sections. Avant chaque campagne, des relevés GPS au centimètre et une modélisation en trois dimensions comparent l’altitude de chaque section à celle de l’année précédente : on voit où les tempêtes de l’hiver ont creusé. La plage perd en moyenne 4 000 m³ de galets par an, et l’apport se règle dessus, davantage après un hiver à coups de mer répétés.

La provenance change d’une année à l’autre. En 2026, pour la première fois, tout venait du Paillon.

AnnéeVolume déverséD’où il venait
20224 400 m³carrière Cozzi de Saint-Benoît, Alpes-de-Haute-Provence
20255 000 m³, près de 9 000 tonnescurage du lit du Var et carrières de la région de Gap
20263 500 m³, soit 6 000 tonnespièges à graviers du Paillon, en amont de Nice

Les galets du Paillon ont été lavés, triés et stockés pendant des mois jusqu’à ce qu’il y en ait assez pour une campagne. L’État impose un calibre de 20 à 80 mm, assez gros pour ne pas partir à la première houle, assez petit pour qu’on puisse encore s’y allonger.

Pourquoi il faut acheter des galets à un fleuve qui en apportait gratuitement tient en deux chiffres. Entre les années 1950 et 1990, près de 50 millions de m³ de graviers ont été extraits du lit du Var pour bâtir la Côte d’Azur, l’équivalent de 150 ans d’apports naturels selon le rapport du plan de prévention des risques de la basse vallée. Le fleuve, endigué et barré de seuils, n’atteint plus la mer avec sa charge de cailloux. La plateforme de l’aéroport, gagnée sur la mer à son embouchure, coupe aussi le chemin que les galets prenaient vers l’est. Le Paillon, lui, coule en ville sous une dalle posée par tranches entre 1868 et 1972. Les deux robinets sont fermés ; le camion les remplace.

Le sable qui recouvre la plage en hiver

Presque chaque hiver, une bande de sable apparaît sur une partie de la plage, et la question de notre lectrice revient. Julien Larraun, ingénieur des ouvrages hydrauliques à la Métropole, a répondu en février 2026 : « Les galets ne sont pas partis, ils sont juste en dessous. » Les grosses houles poussent les galets contre le mur de la Promenade et découvrent la couche de sable qui vit sous le cordon ; la même houle en dépose un peu par-dessus. Dès que ce sable sèche, il file entre les cailloux ou repart avec la vague suivante, en quelques jours.

Emporter un galet : ce que dit la loi

L’article L. 321-8 du Code de l’environnement interdit les extractions de matériaux qui compromettent l’intégrité d’une plage, et un arrêté municipal niçois, vieux d’une quinzaine d’années, punit d’une contravention de 38 € tout prélèvement sur les plages de la ville. Un sac rempli, ou un prélèvement à visée commerciale, relève de l’amende nationale, jusqu’à 1 500 €. Le point d’actualité publié par Service-public le 28 mai 2026 range les galets avec le sable et les coquillages vides dans ce qui ne se ramasse pas, et laisse le bois flotté et le verre dépoli.

Dans les faits, personne ne verbalise le galet qui rentre dans une poche. Ce que la Métropole demande, c’est de ne pas empiler les cairns qui déstabilisent le cordon, et de ne pas repartir avec ce qu’elle vient de payer 300 000 € à remettre.

Ce que ce mécanisme ne dit pas encore

Le chiffre de la perte annuelle est une moyenne, 4 000 m³ selon les services de la Métropole, et les volumes remis oscillent de 3 500 à 5 000 m³ selon l’hiver ; le tonnage de 2025 lui-même est donné à 8 000 tonnes par un service et à 9 000 par un autre. Personne n’a publié de série complète depuis 1960. La consultation ouverte du 29 juin au 30 septembre 2026 sur le rechargement pluriannuel et la réhabilitation des épis en enrochements, avec son étude d’impact et l’avis de l’autorité environnementale, rassemble pour la première fois tout le dossier, et elle fixera la dose de galets des dix années à venir.

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