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Mougins, le vieux village au-dessus de Cannes

Mougins vu d'un habitant de Cannes ou de Grasse : ce que vaut le vieux village, la chapelle de Picasso, les 221 places gratuites du Hubac, les prix des musées et des tables, et ce qu'on y fait un soir d'été ou un dimanche de décembre.

8 min de lecture Cannes, Le Cannet et Mandelieu Grasse et son pays

Ruelle pavée en courbe du vieux village de Mougins, façades de pierre ocre et volets clos, un platane au fond

260 mètres. C’est la hauteur à laquelle Mougins regarde la baie de Cannes, à un quart d’heure de voiture de la Croisette et à huit kilomètres de Grasse. La commune compte près de 20 000 habitants, mais ce que tout le monde appelle « Mougins » tient sur une butte : un vieux village enroulé sur lui-même, une place, un lavoir, des galeries d’art et quelques tables qui ont fait sa réputation. Le reste de la commune, Tournamy, Mougins-le-Haut, la zone de Saint-Martin, c’est là qu’on habite et qu’on fait ses courses. Le village, c’est là qu’on emmène les gens de passage, et là qu’on remonte soi-même quand on a envie d’une soirée qui ne ressemble pas à Cannes.

Ce qu’il y a dans le village, et ce qui a changé

Le plan est un escargot. Les ruelles tournent autour de l’église Saint-Jacques-le-Majeur, dont la sacristie date du XIe siècle, et débouchent sur la place du Commandant-Lamy, avec sa fontaine de 1894 et ses terrasses. Un seul vestige des remparts médiévaux a tenu : la porte sarrasine, avec ses mâchicoulis. De l’autre côté, la place des Patriotes a été bâtie sur l’ancien cimetière ; on y trouve la table d’orientation, la vue sur les îles de Lérins et l’office de tourisme au numéro 39.

Le lavoir, construit lui aussi en 1894 et utilisé par les lavandières jusqu’aux années 1970, est devenu la salle d’exposition de la commune. Il accueille des artistes toute l’année, et le distributeur de billets du village est juste à côté, ce qui a son importance dans un village où les cartes ne passent pas partout.

Les galeries, c’est le point qui divise. Il y en a à chaque coude de ruelle, et les visiteurs qui laissent un avis en ligne signalent régulièrement des vitrines vides ou des boutiques fermées hors saison, à côté de vrais ateliers de peintres et de céramistes. Le village vit du passage, et il se voit en novembre.

Côté musées, le paysage a été refait entre 2023 et 2024. Le musée d’Art classique, qui montrait depuis 2011 des antiquités et des armures, a fermé en août 2023 ; sa collection est passée chez Christie’s. À sa place, dans le même bâtiment, le FAMM a ouvert le 21 juin 2024 : un musée privé consacré aux femmes artistes, une centaine d’œuvres sur quatre niveaux, 16 euros l’entrée. L’autre adresse est le Centre de la photographie, 43 rue de l’Église, installé dans l’ancien presbytère.

Notre-Dame-de-Vie, la chapelle et le mas de Picasso

Elle n’est pas dans le village. La chapelle Notre-Dame-de-Vie est à deux kilomètres au sud-est, au bout d’une allée de cyprès, sur un chemin qui porte son nom. L’édifice actuel date du XVIIe siècle, et ses murs sont couverts d’ex-voto : jusqu’en 1730, les familles y amenaient les enfants morts sans baptême, le temps d’un « répit » qui permettait de les baptiser. La commune l’a restaurée en 2012, et l’ancien ermitage abrite un petit musée, le Trésor de Notre-Dame-de-Vie, avec une salle de photographies de Lucien Clergue consacrée à Picasso.

Picasso, justement. Il avait déjà séjourné à Mougins en 1936, à l’hôtel Vaste Horizon, avec Dora Maar, Man Ray et Éluard. En 1961, il quitte sa villa La Californie à Cannes parce qu’un immeuble lui bouche la vue, et achète le mas voisin de la chapelle à la famille Guinness. Il y peint douze ans et y meurt le 8 avril 1973. Le mas est une propriété privée, on ne le visite pas, et on ne le voit pas depuis l’allée : ce qu’on vient chercher ici, c’est le cadre qu’il regardait, pas sa maison.

La chapelle et le musée ouvrent tous les jours en juillet et août, de 10 h à 13 h et de 15 h à 19 h 30 ; les week-ends en mai, juin et septembre ; le dimanche seulement d’octobre à avril, de 10 h à 13 h et de 14 h à 17 h. En semaine l’hiver, on se contente de l’allée, qui reste accessible. Début juillet, un festival de musique de chambre s’y installe pour cinq soirs.

Où manger, et à quel prix

La réputation gastronomique du village est un héritage. Roger Vergé a ouvert le Moulin de Mougins en 1969, dans un moulin à huile du XVIe siècle situé sur la route de Notre-Dame-de-Vie, et y a tenu trois étoiles pendant des années. La maison existe toujours, avec d’autres mains en cuisine. Le Paloma, deux étoiles à l’entrée du village, a fermé en septembre 2019 ; son chef, Nicolas Decherchi, est revenu sur la commune avec une table italienne.

Aujourd’hui, la table de référence du village est celle de Denis Fétisson, sur la place du Commandant-Lamy. Le menu du midi en semaine est à 48 euros, le menu signature à 130 euros. Sur la même place, deux ou trois bistrots servent une cuisine plus simple avec les mêmes vues ; et rue des Remparts, une épicerie fait le café et le casse-croûte pour qui monte à pied.

Le mot d’ordre pour un habitant : réserver l’été, y compris le midi, et vérifier les jours d’ouverture entre novembre et mars. Plusieurs adresses ferment une partie de l’hiver.

Y monter et se garer : bus, parkings gratuits, montée à pied

Le village se gare gratuitement, c’est sa vraie différence avec Cannes. Les trois parkings du Hubac, en contrebas de la place des Patriotes, totalisent 221 places sans limite de durée, avec des toilettes publiques sur le premier et un ascenseur qui remonte au village. Le parking du Moulin de la Croix, à l’entrée du village, ajoute 45 places. En juillet et août, tout ça est plein dès la fin de matinée : on arrive avant 10 h 30, ou on vient après 18 h. Le reste de l’année, un dimanche à 14 h se gare sans chercher. La liste complète des parkings de la commune, avec leur nombre de places, est tenue à jour sur la page pratique de l’office de tourisme.

Sans voiture, depuis la gare de Cannes, deux lignes montent jusqu’à l’arrêt Val de Mougins, au pied de la butte : le Zou 660, qui continue vers Grasse, et le Palm Express B, toutes les douze minutes environ en semaine. De là, la ligne 26 ou la 28 du réseau Palm Bus fait le dernier kilomètre jusqu’à l’arrêt Mougins Village, du lundi au samedi de 7 h à 19 h 30. Le dimanche, ou le soir, on finit à pied : douze minutes de montée par le chemin de la Calade et le boulevard Clément-Rebuffel, balisées. Un ticket Zou coûte 2,10 euros, un ticket Palm Bus 1,80 euro.

Le calcul est vite fait pour une soirée : le dernier bus redescend avant la fin du dîner, donc on monte en voiture, ou on prévoit le retour à pied jusqu’au Val de Mougins.

Une soirée d’été, un dimanche d’hiver

L’été, le village vit le soir. Les terrasses de la place du Commandant-Lamy restent ouvertes tard, la pierre rend la chaleur de la journée, et la vue sur la baie de Cannes se regarde depuis la place des Patriotes une fois le soleil couché derrière l’Estérel. La commune programme une soirée blanche sur la place à la mi-août et des balétis dans les quartiers fin juillet et début août. Les nocturnes d’artisans du jeudi soir, en revanche, ne sont pas dans le vieux village : elles se tiennent au Cours des Arts, à Cœur de Mougins, du 16 juillet au 13 août, de 18 h à 22 h.

Les Étoiles de Mougins, le festival de gastronomie créé en 2006 en hommage à Vergé, reviennent les années paires, un week-end de mi-septembre, dans les rues et sur les places du village. La quinzième édition, les 14 et 15 septembre 2024, a réuni une centaine de chefs autour de démonstrations, d’ateliers pour enfants et de deux concours de jeunes cuisiniers, en accès libre. C’est le seul week-end de l’année où le village est vraiment bondé hors saison, et où il faut se garer en bas et monter à pied.

En septembre 2026, la commune remet aussi la fête de la Sainte-Innocence, sa patronne, du 18 au 20 ; et à l’automne, l’église Saint-Jacques donne ses concerts d’orgue.

L’hiver, le dimanche se joue différemment. Le marché paysan se tient le samedi dès 8 h 30 et le dimanche dès 9 h, jusqu’à 13 h, mais au Cours des Arts, pas dans le vieux village ; on y monte après, pour le café et la chapelle, ouverte ce jour-là. De début décembre à début janvier, le lavoir accueille la crèche monumentale, tous les jours et sans billet, et un labyrinthe de sapins occupe la place des Patriotes. Un dimanche gris de janvier, le village est à ses habitants : moitié des galeries fermées, la place vide, et c’est le moment où il ressemble le plus à ce qu’il était.

Ce que ça vaut, et ce qu’on lui reproche

Ce qu’on lui reproche tient en trois mots qui reviennent dans les avis : cher, touristique, fermé. Cher, parce que les prix des terrasses et des boutiques sont calés sur la clientèle de passage, et qu’un café sur la place se paie au tarif de la vue. Touristique : une partie des galeries vend du décoratif de série entre deux vrais ateliers. Fermé, enfin, puisque le village de novembre n’a rien à voir avec celui de juillet et qu’on peut tomber sur des rideaux baissés un mardi de février.

Ce qu’il a pour lui, un habitant le sait : le stationnement gratuit, la fraîcheur des ruelles quand Cannes suffoque, la baie de Cannes et l’Estérel en face, et deux musées qui n’existaient pas il y a quinze ans. Le FAMM, à 16 euros, est cher pour une visite d’une heure ; le Centre de la photographie, à 6 euros et gratuit le premier dimanche du mois, est le meilleur rapport du village.

Mougins face aux autres villages proches de Cannes

Pour un habitant de Cannes ou de Grasse, la question est de savoir quel dimanche monter à Mougins plutôt qu’ailleurs. Le Vieux-Cannet est à dix minutes et se suffit d’une heure. Valbonne, à vingt-cinq minutes, a un plan en damier, un marché du vendredi matin et des restaurants moins chers. Biot a ses verriers et le musée Léger, mais se gare mal. Mougins l’emporte sur la vue, sur les musées et sur le stationnement ; il perd sur les prix et sur la vie hors saison. Pour un dimanche de printemps, il y a d’autres villages perchés à moins d’une heure ; pour ce qui se passe chaque mois dans le département, voir le calendrier des dimanches.

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