Le mercredi 15 juillet 2015, en fin de matinée, la police nationale et la direction départementale des territoires et de la mer arrêtent un chantier sur la plage de la Mirandole, à Golfe-Juan : une dalle de béton coulée sur le sable sans autorisation, sous la villa de la famille royale saoudienne. L’après-midi, une dépêche AFP cite le sous-préfet de Grasse, Philippe Castanet : « la plage publique devrait être totalement interdite au public le temps du séjour de la famille royale ». Le même État, le même jour, fait respecter la loi avant midi et annonce qu’il s’en dispensera après.
Il l’a fait. La plage a été fermée par arrêté préfectoral du samedi 25 juillet, 8 heures, au dimanche 2 août 2015, le temps du séjour du roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, puis rouverte le lundi 3 août à 9 heures. La dalle, l’ascenseur et l’échafaudage ont été démontés. L’État a fermé une plage publique huit jours ; il n’a pas laissé un propriétaire y bâtir.
Ce qui a été coulé sur le sable avant que la mairie ne soit prévenue
La Mirandole est une crique coincée sous le château de l’Horizon, propriété de la famille royale saoudienne depuis 1979. On y descend par un tunnel qui passe sous la voie SNCF et sous la propriété. Le samedi 11 juillet, des habitués y trouvent une dalle de trois mètres sur quatre, coulée pour recevoir un ascenseur privé. Le conseiller municipal Jean-Noël Falcou signale le chantier le jour même.
Le mercredi suivant, des ouvriers s’apprêtent à sceller un portail à l’entrée du tunnel. La maire, Michelle Salucki, envoie la police municipale les en empêcher. Aucun arrêté n’interdisait l’accès ; la SNCF, propriétaire de l’emplacement, n’avait même pas été consultée. Le sous-préfet reconnaîtra des discussions en cours entre la France et Riyad, et des travaux « entrepris prématurément ».
Pourquoi l’État pouvait fermer ce que la loi déclare libre
Le sable jusqu’au rivage est domaine public maritime, propriété de l’État. La commune n’en a que la police et, si elle la demande, la concession qu’elle redistribue aux plagistes. Le code de l’environnement dit que l’accès des piétons aux plages est libre, et leur usage libre et gratuit.
Mais l’État garde la police de son domaine. Un préfet peut interdire une portion de rivage par arrêté temporaire, pour un motif de sécurité, sans demander l’avis du maire. En juillet 2015, le motif est le plan Vigipirate à son plus haut niveau et la présence d’un chef d’État étranger.
La mairie pouvait arrêter un chantier illégal. Elle ne pouvait rien contre un arrêté préfectoral. Sur le littoral, qui tranche entre commune, État et intercommunalité se joue à ce niveau-là.
La pétition, les lettres, et ce qu’elles ont obtenu
Le 16 juillet, Jean-Noël Falcou met en ligne une pétition adressée au président de la République, aux ministres de l’Intérieur, de l’Écologie et des Affaires étrangères, et au sous-préfet de Grasse. Elle réclame le retrait de tout ce qui a été bâti sur le domaine public et le maintien de l’accès. Il écrit en parallèle au sous-préfet et aux deux ministres ; la maire adresse de son côté une lettre de protestation à François Hollande, au nom de l’égalité devant la loi.
Plus de 50 000 signatures en deux jours, 101 000 le samedi 25 au matin, 151 776 à la clôture. Ce rythme a eu un effet inattendu : la préfecture, craignant des occupations de plage, a avancé l’arrêté au samedi matin au lieu d’attendre l’arrivée du roi.
Les lettres ont obtenu le démontage. Elles n’ont pas obtenu la plage pendant huit jours, ni le sentier du littoral aux deux bouts de la villa, fermé lui aussi, ni la bande de mer devant, interdite à la navigation.
Huit jours au lieu de quatre semaines
Annoncé du 20 juillet au 20 août, le séjour a duré huit jours. Le roi est reparti pour Tanger sans qu’aucune raison soit donnée.
| Date | Ce qui se passe |
|---|---|
| 11/07/2015 | dalle découverte, chantier signalé |
| 15/07/2015 | travaux arrêtés, portail bloqué ; le sous-préfet annonce la fermeture |
| 16/07/2015 | pétition en ligne |
| 24/07/2015 | arrêté préfectoral signé |
| 25/07/2015 | plage fermée à 8 h, le roi arrive vers 19 h |
| 02/08/2015 | départ pour Tanger |
| 03/08/2015 | plage rouverte à 9 h |
Le lien avec le tollé a été affirmé partout et démontré nulle part.
Ce que la Mirandole en garde
La plage est redevenue ce qu’elle était : une crique de sable et de gravillons où l’on se baigne en chaussures, qu’on rejoint par les escaliers de la résidence Omphale, en se garant avenue Édith-Joseph. L’accès reste interdit de 20 heures à 6 heures. Ce qui a changé, c’est le regard : un chantier sur ce sable est désormais vu en quelques heures par les habitants qui ont lancé l’affaire.
À la Mala, à Cap-d’Ail, deux établissements privés tiennent la crique et la part publique se défend mètre par mètre. Une plage fermée après un orage l’est par le maire, pour un prélèvement d’eau, un ou deux jours ; celle-ci l’a été par le préfet, pour un homme, huit jours. Et à Saint-Jean-Cap-Ferrat, la villa Ephrussi de Rothschild montre l’autre sort possible d’un palais du bord de mer : ouvert, jardins compris. Les quartiers et les services de la commune sont dans la fiche de Vallauris Golfe-Juan.