Vie locale

Jean-Noël Falcou, élu d'opposition à Vallauris Golfe-Juan

Un siège sur trente-cinq en 2014, une pétition à 119 778 signatures pour la plage de la Mirandole en 2015, une démission avant de siéger en 2020 : ce que Jean-Noël Falcou a fait au conseil municipal de Vallauris Golfe-Juan, et ce qu'il fait depuis, entre bigaradiers et livres.

4 min de lecture Vallauris Golfe-Juan

Un bigaradier chargé d'oranges amères dans un verger en terrasses au-dessus de Golfe-Juan

Un siège sur trente-cinq pendant six ans, une liste arrivée troisième en 2020 et une démission avant même d’avoir siégé : à ce compte, Jean-Noël Falcou ne devrait pas laisser plus de traces qu’un autre conseiller d’opposition de Vallauris Golfe-Juan. C’est pourtant son nom qu’ont écrit franceinfo, France 24 et Euronews à l’été 2015, quand la plage de la Mirandole a été fermée pour le roi d’Arabie saoudite. Et c’est encore le sien qu’on tape aujourd’hui, pour ses agrumes et pour ses livres.

Un instituteur devenu agrumiculteur, puis tête de liste

Jean-Noël Falcou a grandi à Antibes. Au début des années 2000, il joue au basket en Nationale 2 puis en Nationale 1 avec l’Azuréa Club de Golfe-Juan Vallauris, champion de France de N2 en 2001. Il est alors instituteur. Il reprend en parallèle le verger familial de Vallauris, laissé quinze ans à l’abandon, et constate vite que l’agriculture à mi-temps ne fonctionne pas. Il démissionne de l’Éducation nationale et conduit depuis 2004 une exploitation d’agrumes certifiée bio : clémentiniers, citronniers, bigaradiers, orangers et pomelos.

En 2014, il conduit la liste Ensemble pour Vallauris Golfe-Juan, classée divers gauche. Au second tour, Michelle Salucki l’emporte avec 43,48 % des voix et 26 sièges ; la liste Falcou en obtient un, le sien. Le groupe enregistre les séances du conseil, publie chaque vote par délibération et suit les finances, la cantine et le littoral de la commune.

L’été 2015 à la Mirandole : la pétition qui a dépassé Vallauris

Le 11 juillet 2015, des riverains le préviennent : une dalle de béton a été coulée sur le sable de la Mirandole, la petite plage publique coincée sous la villa de la famille royale saoudienne. Il signale le chantier le jour même à la mairie et aux services de l’État. Le 16, il met en ligne une pétition adressée au président de la République, à trois ministres et au sous-préfet de Grasse : retrait de tout ce qui a été bâti sur le domaine public, maintien de l’accès libre.

Le 24 juillet, la motion qu’il dépose au conseil municipal sur ce texte est votée à l’unanimité. Le 26, franceinfo compte 119 778 signatures en une semaine. Il commente : « C’est vrai que ça a explosé en quelques jours. Notre cas n’est pas perçu, à juste titre, comme un problème local. » Euronews le cite le même jour, en anglais, sur l’égalité des citoyens devant la loi.

La plage a quand même été fermée par arrêté préfectoral du 25 juillet au 2 août. Il n’y pouvait rien, la mairie non plus : le sable appartient à l’État, la commune n’en a que la police et la concession qu’elle redistribue aux plagistes. Sur le littoral, qui tranche entre la commune et l’État se joue là. La pétition a obtenu le démontage de la dalle au départ du roi ; pas la plage pendant huit jours.

Anticor, le port de Golfe-Juan et une condamnation pour diffamation

Co-référent d’Anticor pour les Alpes-Maritimes de 2014 à 2018, il poste le 16 avril 2016, jour du premier article de Mediapart sur la gestion du port de Golfe-Juan, un texte intitulé « Mafia et mauvaise gestion sur le port Golfe-Juan : Anticor se joint à la plainte ». La société gestionnaire du port l’attaque en diffamation. Condamné en première instance à Grasse, il voit la cour d’appel d’Aix-en-Provence confirmer en décembre 2017. Mediapart racontera en 2021 que son avocat d’alors avait envoyé à une audience de 2016 un jeune collaborateur : Kevin Luciano, maire de la ville depuis 2020.

2020 : troisième, quatre sièges, et une démission

Sa liste recueille 19,94 % au premier tour du 15 mars 2020, puis 23,17 % au second, repoussé au 28 juin par l’épidémie : troisième derrière Kevin Luciano, élu avec 35,44 %, et Michelle Salucki, 32,41 %. Quatre sièges d’opposition. Il n’en occupera aucun. Le 4 juillet 2020, à l’installation du conseil, la maire sortante et lui ont démissionné ; le groupe se disloque dans l’année.

À la partielle intégrale de novembre 2023, il n’est sur aucune des cinq listes ; son ancienne colistière Emélie Leduc conduit la sienne. En mars 2026, Kevin Luciano est réélu dès le premier tour avec 73,16 % des voix et 31 sièges sur 35, d’après les résultats du ministère de l’Intérieur. La page des maires des Alpes-Maritimes tient la liste à jour.

Ce qu’il fait aujourd’hui

Depuis 2020, il est responsable des filières agricoles du groupe Mul, un producteur de matières premières végétales pour la parfumerie du pays grassois. Il y développe la filière du bigaradier, l’oranger amer dont la fleur donne le néroli, avec Chanel et la coopérative Nérolium. Son verger de Vallauris continue ; il a repris en plus une friche près de la gare de Mouans-Sartoux, sur la ligne Cannes-Grasse, que la commune a préféré rendre à l’agriculture. Sa confiture d’orange amère et son eau de fleur d’oranger se vendent en magasin bio à Nice et à Vallauris.

Il écrit aussi. « Cultiver des agrumes bio » paraît chez Terre vivante le 28 février 2023, 192 pages. « Journal d’un paysan », chez Wildproject le 5 février 2025, 224 pages, tient sur un an la chronique quotidienne d’un agriculteur ; le livre a reçu le prix Mouans-Sartoux du livre engagé pour la planète.

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