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Le Carnaval de Nice, mode d'emploi pour ceux qui habitent là

Le carnaval de Nice se regarde derrière des palissades, avec un billet : 28 € la tribune, 7 € la zone piétonne la moins chère, et rien du tout si vous venez déguisé de la tête aux pieds. Les tarifs, les gratuités réelles, les rues coupées et les parkings fermés.

7 min de lecture Nice

Un char de carnaval en carton peint garé dans un hangar, entouré de grosses têtes en cours de finition

Le carnaval de Nice n’est plus une fête de rue, et descendre place Masséna en espérant le contraire se paie en aller-retour pour rien. Depuis 2016, le parcours est enclos de palissades, et on n’entre nulle part sans billet. On paie, ou on reste dehors.

C’est le plus gros spectacle de l’hiver azuréen : une vingtaine de chars articulés, cent cinquante grosses têtes, des troupes musicales venues de partout, deux semaines de défilés en février entre la place Masséna et la promenade des Anglais. La Ville l’organise et la Ville le vend. Pour quelqu’un qui vit ici, trois questions se posent avant de sortir : quel spectacle, quelle place, et comment y aller sans voiture.

Corso, bataille de fleurs, Carnavalina : ce que veulent dire les mots

Le corso carnavalesque est le défilé de chars, en soirée, autour de la place Masséna. Chaque char mesure une douzaine de mètres de long sur trois de large et monte à huit mètres, parfois quatorze quand les bras se déplient. Une trentaine de carnavaliers les fabriquent en carton et papier mâché, quelque quatre mille heures par char, étalées sur six mois. Les grosses têtes qui marchent entre eux pèsent de un kilo et demi à douze kilos.

La bataille de fleurs est l’autre moitié, en journée, sur la promenade des Anglais et le quai des États-Unis. Les chars y sont fleuris de frais, quatre à cinq mille tiges chacun, mimosa, œillets, lys, marguerites, à quatre-vingt-dix pour cent produites dans le département et plantées à l’automne pour ça. Deux mannequins par char jettent une vingtaine de kilos de fleurs au public pendant le parcours. On en rentre les bras chargés, ce qu’aucun corso ne permet, et ça explique un prix identique pour un spectacle plus court.

Première édition officielle en 1873, première bataille de fleurs trois ans plus tard, sur une idée d’Alphonse Karr. La Carnavalina, elle, date de 2025 : une parade de rue au départ de Masséna, sans enceinte et sans billet.

Ce que coûte une place, et laquelle prendre

Deux zones, deux façons de regarder. La zone A, c’est la place Masséna, face aux chars qui tournent devant vous. La zone B court le long de la promenade des Anglais, où les chars passent de profil. Dans chaque zone, on choisit entre la tribune, assis, et la zone piétonne, debout derrière une barrière.

PlaceZone A, place MassénaZone B, promenade des Anglais
Tribune, adulte28 €23 €
Tribune, enfant de 6 à 12 ans10 €8 €
Zone piétonne, adulte14 €7 €
Zone piétonne, enfant de 6 à 12 ans5 €gratuit

Un billet gratuit reste un billet : les moins de six ans doivent en avoir un, retiré à l’entrée, et un mineur de moins de seize ans ne passe pas seul. L’accès piéton est gratuit pour les personnes handicapées, là aussi contre billet, et les places en tribune leur sont proposées à tarif réduit.

L’écart entre les deux façons de faire est brutal. Pour deux adultes et deux enfants de huit et dix ans, un corso en tribune zone A revient à 76 €. Le même soir, la même famille en zone piétonne B paie 14 € : les enfants de six à douze ans n’y paient rien. On voit moins bien, on reste debout deux heures, et on a économisé le prix d’un dîner.

Le forfait deux spectacles, un corso plus une bataille de fleurs hors samedi, tombe à 45 € en zone A et 40 € en zone B, soit jusqu’à onze euros de remise. L’option remboursable, quelques euros au-dessus, ouvre une annulation jusqu’à soixante-douze heures avant. Sans elle, un billet acheté est un billet perdu, sauf si la Ville annule elle-même pour cause de météo.

On achète en ligne, au guichet de la promenade du Paillon, à la cabine installée côté sud de la promenade des Anglais les jours de spectacle, ou aux bornes de Nicetoile et de Carrefour Lingostière, qui ne vendent que les places de la promenade. Ce qui n’existe nulle part, c’est un tarif niçois : un habitant de Riquier paie ce que paie un visiteur descendu de Lille pour le week-end.

Ce qui reste gratuit, et à quelle condition

Le déguisement intégral ouvre les zones piétonnes des corsos, et c’est la vraie bonne affaire de la quinzaine. Intégral veut dire de la tête aux pieds : un chapeau et un masque ne suffisent pas, les contrôleurs regardent. Le costume se prépare la veille. Attention au piège, cette gratuité ne vaut que pour les corsos, jamais pour les batailles de fleurs, qui restent payantes même pour un enfant costumé.

Le village du carnaval, sur la promenade du Paillon et le square Leclerc, est ouvert tous les jours de 11 h à 18 h sans rien payer : ateliers pour les enfants, stands, expositions sur la fabrication des chars. C’est là qu’on emmène des petits qui ne tiendront pas deux heures debout dans une zone piétonne.

Le dernier samedi soir, l’incinération du roi sur le quai des États-Unis vers 22 h 45, puis le feu d’artifice tiré depuis la mer au-dessus de la baie des Anges, ne demandent ni billet ni réservation. La foule s’installe vers l’Opéra Plage. C’est le moment le plus regardé de la quinzaine, et le seul grand rendez-vous du carnaval resté complètement libre d’accès. Le bain de carnaval du lendemain matin, à l’Opéra Plage, et le Queernaval place Masséna sont libres eux aussi.

Circuler et se garer pendant les deux semaines

Voilà le vrai sujet quand on habite là. Les soirs de corso, la voie sud de la promenade des Anglais est coupée, la place Masséna aussi, avec le tunnel Liautaud, le boulevard Jean-Jaurès jusqu’à la descente Crotti, l’avenue de Verdun sur toute sa longueur et la rue Saint-François-de-Paule. Les parkings Masséna et Plaza ferment complètement pendant les créneaux concernés, le Palais de Justice et le Saleya bloquent leurs sorties, et le Sulzer ne laisse plus sortir que vers le port. La Ville publie le détail des restrictions avant chaque édition.

Le tram, lui, marche presque normalement. Sur la ligne 1, les stations Opéra, Vieille Ville et Cathédrale ne sont pas desservies les soirs de défilé, et à Masséna le départ se fait sur le quai d’en face, direction Hôpital Pasteur. La ligne 2 roule sans changement, ce qui en fait le meilleur accès depuis l’ouest et depuis l’aéroport. Pendant le carnaval, les TER passent toutes les quinze minutes entre Cannes et Menton, et des cars Zou renforcent les retours en soirée.

Un habitant de la métropole qui vient en voiture perdra plus de temps à chercher une place qu’à faire le trajet en train depuis Antibes ou Cagnes. Le calcul change si vous rentrez après le dernier train : pour le détail des zones et des créneaux gratuits en dehors du carnaval, voyez se garer à Nice quand on y habite.

Ce que les Niçois lui reprochent

Les palissades sont arrivées après l’attentat du 14 juillet 2016, pour tenir un périmètre. Elles ont rendu la billetterie possible, et la billetterie n’est jamais repartie. Une partie des habitants n’a pas digéré ce passage : on parle de carnaval devenu Disneyland, de fête populaire vendue à la place, et le sujet ressort chaque février sur les réseaux comme dans les campagnes municipales, où la gratuité des tribunes pour les Niçois revient comme promesse. L’autre partie a pris l’habitude, paie ses places et trouve l’enceinte rassurante avec des enfants. Les deux camps existent dans le même immeuble.

Les contraintes, elles, sont celles d’un stade. Les portes ouvrent deux heures avant, on entre encore une demi-heure après le lancement mais sans garantie de place, et les sièges pliants sont interdits sauf justificatif de handicap, comme le verre, le métal et l’alcool. Les poussettes passent, aucune consigne ne les garde. Les chiens en laisse ne sont admis qu’au village. On ne change pas de zone une fois entré, et sortir est définitif.

Les deux autres fêtes de la même quinzaine

Le carnaval de Nice n’est pas seul sur ses dates, et pour une famille qui veut voir des chars fleuris une fois dans l’hiver, la comparaison n’est pas flatteuse.

NiceMentonVillefranche
Ce qui défilechars illuminéschars d’agrumesbarques fleuries
Tribune, adulte28 €30 €pas de tribune
Debout, adulte7 à 14 €16 €gratuit
Réservationobligatoireobligatoireaucune

Menton joue dans la même catégorie et au même prix, avec une entrée libre aux jardins Biovès, où les sculptures d’agrumes tiennent seize jours. Villefranche est l’anomalie : un lundi de février, les pointus décorés se canardent d’une tonne de mimosa et d’œillets dans la rade, depuis 1902, devant cinq mille personnes, sans billet, sans réservation et sans palissade. C’est exactement le carnaval que les Niçois disent regretter, à vingt minutes de train de Nice-Ville.

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