La chapelle du Rosaire de Vence se rate très bien. Par temps couvert, on paie 7 € pour traverser une petite pièce blanche, très propre et presque vide, et on ressort en se demandant ce qu’on était venu chercher. Un matin clair, la même pièce devient l’endroit le plus étrange du département.
Tout y repose sur la lumière. Matisse n’a peint aucun mur : il a posé du verre coloré en face de grandes céramiques blanches, et c’est le soleil qui vient mettre la couleur sur le dessin. L’heure du jour et le mois de l’année pèsent donc plus lourd, ici, que n’importe quel guide.
Ce que Matisse a fait dans cette chapelle
Il a tout fait. Au sens strict. L’architecture, les vitraux, les céramiques, le mobilier, les bougeoirs, le confessionnal, les chasubles des sœurs, la croix de fer forgé de treize mètres sur le toit, jusqu’au dessin des tuiles, bleues et blanches. Auguste Perret a servi d’architecte consultant, Louis Milon de Peillon a mené le chantier, le dominicain Louis-Bertrand Rayssiguier a tenu la maîtrise d’œuvre et le maître verrier Paul Bony a exécuté le verre. Le programme entier sort de la tête d’un seul homme.
À l’intérieur, trois grandes céramiques blanches au trait noir : saint Dominique, la Vierge et l’Enfant, et le chemin de croix, dont les quatorze stations tiennent sur un seul panneau au lieu de faire le tour de la nef. Aucune n’est colorée. La couleur arrive par les vitraux, qui n’utilisent que trois teintes, un jaune, un vert, un bleu. Les compositions portent des noms, l’Arbre de vie, la Jérusalem céleste, les Abeilles, et leur reflet se déplace sur les murs et sur le sol du matin au soir. Aucune reproduction ne rend ce déplacement.
Le chantier court de 1948 à 1951. La première pierre est bénie en décembre 1949, la consécration a lieu le 25 juin 1951, et Matisse, trop malade, n’y assiste pas. Il travaille alors depuis son lit, un fusain fixé au bout d’une perche de bambou pour atteindre les grandes surfaces. La chapelle est inscrite au titre des monuments historiques depuis le 28 décembre 1965 et porte le label d’architecture remarquable du XXe siècle.
Elle est née d’une infirmière. Monique Bourgeois avait soigné Matisse à Nice en 1942, avait posé pour lui, puis était entrée chez les dominicaines sous le nom de sœur Jacques-Marie. C’est elle qui a montré au peintre son projet de vitrail pour la chapelle du couvent.
Pourquoi elle a divisé, et divise encore
Matisse ne croyait pas. Il l’a dit et écrit, et l’idée qu’il donne ses dernières forces à un édifice catholique a fâché beaucoup de monde autour de lui. Picasso le premier, qui lui aurait lancé qu’il n’était même pas croyant et n’avait donc aucun droit d’y toucher. Matisse a répondu qu’ils cherchaient tous les deux la même chose, le climat de leur première communion. Une partie des dominicaines n’a rien aimé non plus, à commencer par ce chemin de croix qui ressemblait à des gestes tracés trop vite.
Le reproche a survécu, et il se lit encore dans les avis des visiteurs, sous deux formes. Le dessin, d’abord, jugé enfantin, bâclé, indigne du prix demandé. Le volume ensuite : c’est petit, c’est nu, on en a fait le tour en un quart d’heure et on a payé pour ça.
Les deux se défendent, et il vaut mieux les avoir en tête avant de sortir sa carte. Qui vient chercher les grands aplats de couleur des tableaux de Matisse ne les trouvera pas, parce qu’il n’y en a aucun sur les murs. La chapelle est un dispositif optique, pas une salle d’exposition. Si l’idée d’une pièce blanche traversée par du verre ne vous dit rien, l’entrée se dépense mieux au musée Matisse de Cimiez, qui montre les papiers découpés eux-mêmes.
Les horaires sont ce qui fait rater la visite
C’est le vrai obstacle, bien avant le prix. La chapelle ferme le dimanche et le lundi. Elle n’ouvre le mercredi et le samedi que l’après-midi. Les autres jours, elle ouvre une heure et demie le matin, puis trois heures et demie l’après-midi en été et deux heures et demie en hiver. Une fenêtre de quatre heures par jour, cinq jours sur sept, au mieux.
Deux pièges par-dessus. La dernière entrée se fait 30 minutes avant la fermeture, ce qui ampute chaque créneau d’autant : arriver à onze heures vingt le matin, c’est arriver après. Et l’établissement ferme tous les jours fériés, du 1er janvier au 25 décembre en passant par le 15 août, plus trois semaines complètes du 21 novembre au 12 décembre.
Les horaires ci-dessous sont ceux que publient les dominicaines. Plusieurs pages consacrées à la chapelle en font circuler d’autres, plus larges d’une demi-heure l’hiver. C’est le site du couvent qui fait foi, et un appel au 04 93 58 03 26 règle la question avant de monter.
| Jour | Été, du 1er mars au 31 octobre | Hiver, du 1er novembre à fin février |
|---|---|---|
| Mardi, jeudi, vendredi | 10 h à 11 h 30, puis 14 h à 17 h 30 | 10 h à 11 h 30, puis 14 h à 16 h 30 |
| Mercredi, samedi | 14 h à 17 h 30 | 14 h à 16 h 30 |
| Dimanche, lundi | fermé | fermé |
Sept euros, vingt minutes, et pas une photo
Le plein tarif individuel est de 7 €. Le tarif réduit, 6 €, couvre les étudiants, les demandeurs d’emploi et les groupes de plus de 10 personnes. Les collégiens et lycéens entrent à 4 €. C’est gratuit avant 12 ans, et gratuit pour tout enfant scolarisé à Vence, ce qui règle la sortie du mercredi pour les familles de la commune. Les groupes, eux, doivent réserver.
Comptez 30 à 45 minutes en tout. La chapelle elle-même se traverse vite, et le temps se passe surtout dans l’espace muséal attenant, qui expose les études préparatoires, les maquettes de chasubles et la chronologie du chantier. C’est là que le lieu s’explique. Beaucoup de gens le survolent et ressortent en trouvant que 7 € font cher les cinq minutes.
Les photographies sont interdites à l’intérieur. La règle est constante, et régulièrement contournée sous le nez des sœurs, ce qui n’en fait pas une règle facultative. Prévoyez de repartir sans image, ce qui oblige d’ailleurs à regarder.
Rien ne l’affiche à l’entrée, mais la chapelle reste un lieu de culte en activité et les visites s’arrêtent pendant les célébrations. L’espace muséal, lui, ferme pendant l’office et juste après.
Y entrer sans payer, pendant un office
Les dominicaines célèbrent chaque jour dans la chapelle et invitent qui veut à s’y joindre. Il n’y a alors ni billet, ni horaire de visite à respecter, ni espace muséal ouvert.
Les laudes se disent à 9 h du lundi au samedi, les vêpres à 18 h 30, la messe le mardi à 18 h 15 et le dimanche à 10 h. Le dimanche matin est donc le seul moment où l’on entre dans la chapelle du Rosaire un jour de fermeture. Cela suppose d’assister à l’office et de se tenir en conséquence : on vient pour une célébration, pas pour une visite silencieuse au fond de la salle. Pour qui habite à un quart d’heure de voiture et veut simplement revoir la lumière de dix heures sur les céramiques, c’est la porte la plus simple.
Se garer, puis faire le reste de Vence
Les sœurs le disent elles-mêmes : le stationnement avenue Henri Matisse est très limité. Comprendre qu’il y a quelques places devant, prises tôt, et rien d’autre. Le repli tient dans les parkings du centre de Vence, à 10 ou 20 minutes de marche selon celui qu’on choisit, en montée au retour. Un samedi de marché, il n’y a pas à hésiter : on se gare en ville et on monte à pied.
Puisqu’on y est, la cathédrale Notre-Dame-de-la-Nativité, dans la vieille ville, abrite une mosaïque de Chagall, Moïse sauvé des eaux, posée en 1979 quand le peintre avait quatre-vingt-douze ans. Elle se voit librement, sans billet, à cinq minutes des remparts. Deux peintres du XXe siècle, deux œuvres très tardives, 7 € pour l’une et rien pour l’autre, dans la même commune. C’est un bon programme de dimanche hors saison, à condition de garder la chapelle pour un autre jour de la semaine.
À quoi la comparer avant de payer
Trois lieux du département tournent autour du même sujet, et l’ordre dans lequel on les fait change ce qu’on en comprend.
Le musée Matisse de Nice, à Cimiez, détient les études, les modèles de chasubles et une maquette de la chapelle : il donne la fabrication, pas l’effet. Le musée national Marc-Chagall, également à Nice, offre le contrepoint exact, un autre peintre peu pratiquant lancé sur un cycle biblique à la même époque, avec des vitraux à voir en fin de matinée pour les mêmes raisons de lumière. Quant à la villa Ephrussi de Rothschild, elle occupe la journée entière et se paie bien plus cher, ce qui la range dans une autre catégorie de sortie.
| Lieu | Ce qu’on y voit | Quand | Entrée |
|---|---|---|---|
| Chapelle du Rosaire, Vence | l’œuvre est le bâtiment, verre coloré sur céramiques blanches | fermée dimanche et lundi | 7 € |
| Musée Matisse, Nice-Cimiez | les études, les maquettes de chasubles, la maquette de la chapelle | fermé le mardi | 12 € |
| Cathédrale de Vence | la mosaïque de Chagall, dernière de sa main | aux heures de l’église | gratuit |
Les deux premières lignes ne tombent jamais le même jour de fermeture, ce qui règle l’ordre des visites tout seul.
La chapelle, elle, n’a pas d’équivalent sur la côte. C’est le seul endroit où l’œuvre est le bâtiment lui-même, et où elle change d’aspect toutes les heures.