On va répondre le train, et on aura raison sur un point : 22 minutes entre Nice-Ville et Monaco-Monte-Carlo, un départ tous les quarts d’heure de 6 heures à 22 heures depuis décembre 2024. Le chronomètre ne départage pourtant rien. Porte à porte, un pendulaire niçois met entre 35 et 50 minutes par le train, par la voiture ou en covoiturage, parce que le quart d’heure gagné dans le train se reperd dans les 466 mètres du tunnel de la gare et dans le dernier kilomètre à pied.
Ce qui départage, c’est ce que devient la voiture une fois arrivée. L’abonnement de stationnement d’un salarié à Monaco coûte 105 € par mois. Il tombe à 38 € pour qui covoiture depuis un parc relais. Il n’existe pas pour qui vient en train. Les écarts de tarif entre les quatre solutions se comptent en dizaines d’euros ; celui-là en compte cent.
| Depuis Nice-Ville | Porte à porte | Ce qu’on paie par mois | Ce qu’il faut à l’arrivée |
|---|---|---|---|
| TER | 35 à 40 min | 46,70 € d’abonnement Zou | rien |
| Bus 600 | 55 à 65 min | 88 € en tickets à 2,20 € | rien |
| Voiture seule | 35 à 55 min | 105 € de parking, plus le carburant | un abonnement d’entrée |
| Covoiturage | 40 à 50 min | 0 € en passager, 38 € de parking en conducteur | un abonnement, au tiers du prix |
Ces montants valent pour un temps plein, 20 jours ouvrés, au départ de Nice-Ville. Un habitant de Cagnes-sur-Mer ou de Menton lit la même grille avec d’autres chiffres. L’écart entre les lignes, lui, ne bouge pas.
Le bus 600, né en avril 2024 de la fusion des lignes 607 et 608, sert ceux que la voie ferrée ne dessert pas. Il relie Nice à Menton par Villefranche, Beaulieu, Èze-sur-Mer, Cap-d’Ail et Monaco, avec un départ toutes les 10 à 15 minutes en semaine. C’est celle des lignes du réseau départemental qui s’arrête le plus près des immeubles. Cinquante-huit arrêts, un peu plus d’une heure de bout en bout : c’est le prix de la porte devant chez soi.
Ce que coûte le stationnement d’un salarié à Monaco
Les tarifs des parkings publics de la Principauté sont fixés chaque année par arrêté ministériel. Celui qui court sur 2026 pose l’abonnement mensuel jour, celui des salariés, à 105 € pour 300 heures. Un temps plein qui laisse sa voiture neuf heures par jour en consomme 180. Personne ne tape le plafond.
Autour de ce tarif, l’arrêté empile des remises qui ne se cumulent pas toutes. Un fonctionnaire ou un agent de l’État en retire 35 €. Un salarié non-cadre de Fontvieille, de Monaco-Ville ou du Port Hercule en retire 28. Un véhicule 100 % électrique, ou hybride essence sous 98 grammes de CO2 par kilomètre, en retire 16. Celui qui se gare dans un parc relais, Saint-Antoine ou les Salines, avec l’option bus CAM, en retire 54.
Le deux-roues change d’échelle. Un scooter de plus de 50 cm3 coûte 15 € par mois, sept fois moins qu’une voiture ; 11 € en dessous de 50 cm3, 10 € en électrique, 5 € pour un vélo. C’est le seul terrain sur lequel le train ne peut rien.
Le covoiturage est payé par l’État monégasque, pas par le passager
Depuis 2020, le Gouvernement princier finance les trajets domicile-travail covoiturés vers la Principauté, sur l’application lancée sous le nom de Klaxit et passée depuis sous la marque BlaBlaCar Daily. Le passager ne paie rien, quelle que soit la distance parcourue. Le conducteur touche entre 1,50 et 3 € par passager et par trajet, de l’ordre de 120 € par mois pour quelqu’un qui embarque deux personnes tous les matins. Si le conducteur se décommande au dernier moment, un taxi est remboursé jusqu’à 50 €.
L’autre moitié de l’aide est dans l’arrêté des parkings. Un abonnement covoiturage retire 59 € au tarif salarié, 67 € s’il se prend dans un parc relais. Il est plafonné à 120 heures par mois au lieu de 300, avec 3 € par heure de dépassement. Il vise donc celui qui alterne : deux journées de conduite par semaine, à neuf heures de stationnement, tiennent dans 72 heures. Cinq jours de voiture ne tiennent pas.
Le dispositif est assez efficace pour que des entreprises en tiennent compte. CFM Indosuez Wealth Management exclut de son forfait mobilité les salariés qui covoiturent par cette application, au motif que l’État monégasque les rémunère déjà.
À Monaco, l’employeur ne rembourse pas l’abonnement d’office
Un salarié français a l’habitude des 50 % du Code du travail. La règle ne franchit pas la frontière avec lui. En Principauté, la prise en charge de l’abonnement relève de la politique de chaque entreprise, et le Gouvernement princier la présente comme une bonne pratique dans le guide de mobilité qu’il diffuse aux employeurs.
Ce guide donne les montants réels, entreprise par entreprise. CFM Indosuez Wealth Management verse entre 15 et 30 € par mois selon l’adresse du salarié, avec la totalité des frais réels jusqu’à Menton, pour environ 300 personnes éligibles dont plus de la moitié l’ont demandé. Monaco Telecom pose un forfait mobilité durable à 22 € par mois. Coty Lancaster remboursait une partie de l’abonnement depuis 2018 et est passé au remboursement intégral en mars 2022. Ces montants se négocient à l’embauche, au même titre que le salaire.
Depuis Menton, le train gagne sans discussion
Monaco-Monte-Carlo est à une dizaine de minutes de Menton, deux fois moins que depuis Nice, et l’abonnement mensuel tombe à 25,90 €. Depuis la gare de Carnolès, à l’ouest de la ville, il descend à 24,50 €. Le stationnement, lui, reste à 105 €. Un Mentonnais qui prend sa voiture paie donc quatre fois son abonnement de train avant d’avoir mis un litre de carburant dans le réservoir.
Le résultat se lit dans les chiffres de l’emploi. Environ 5 000 Mentonnais travaillent en Principauté ; Nice, dix fois plus peuplée, en envoie 9 900. Et chez les frontaliers de Monaco, 27 % des trajets domicile-travail se font en transport en commun, contre 13 % chez les autres actifs de la région.
Qui prend quoi
Celui qui travaille au Port Hercule, à Monte-Carlo ou à la Condamine, avec des horaires de bureau, prend le train et n’a aucune raison d’en changer. Six sorties débouchent dans six quartiers, dont le Jardin exotique, la Condamine et Fontvieille, ce qui règle une bonne partie du dernier kilomètre. L’abonnement niçois à 46,70 € reste sous le prix du seul stationnement. Et celui qui télétravaille deux jours par semaine prend le forfait vingt voyages à 34 € plutôt que l’abonnement.
En quart, en horaires découpés ou sur un chantier, on garde sa voiture, et ce n’est pas de l’entêtement. Le premier train part vers 5 h 30, le dernier passe peu avant 23 h 30 : une prise de poste à 4 heures du matin ne se négocie pas avec un horaire de TER. Coty Lancaster le constate noir sur blanc dans son bilan de mobilité, une partie de ses équipes ne peut pas prendre les transports en commun.
Reste celui qui vient de l’arrière-pays, de Contes, de Peille ou de la vallée du Paillon, où aucune gare ne se trouve à moins de vingt minutes de voiture. Sa réponse est le parc relais plus le covoiturage : le stationnement retombe à 38 €, et la Principauté paie le trajet.